Il y a le spectacle Track, créé en novembre 2021 par la Cie La Boîte à sel, qui tourne beaucoup depuis – et sera en Gironde entre avril et juin 2022, au Carré-Colonnes, à Larural, au festival Chahuts. S’ajoute désormais un documentaire, L’écho du circuit, grâce auquel on devient le témoin privilégié de la création du spectacle, un très bel outil de médiation. De la rencontre entre un créateur et plasticien sonore, Thomas Sillard et vous Céline Garnavault, metteuse en scène et marionnettiste, est né ce que vous appelez un théâtre d’objets sonores connectés au sein de La Boîte à sel. Que s’y passe-t’il ? Notre compagnie travaille le son, le jeu, l’objet. Manipuler du son est un moteur de création intarissable. Pour Track, j’avais envie de matérialiser les boucles sonores, les répétitions, avec des trains électriques miniatures. Thomas Sillard a conçu les modules connectés pour embarquer les sons à bord. Les barrières, signalisations, passages à niveau, s’animent aussi. Laurent Duprat, L.O.S, comédien et human beatbox, fabrique avec sa voix les sons qu’il enregistre et manipule. Son personnage, Monsieur Héron, installé à l’intérieur d’un chemin de fer, incarne un étrange chef de gare, aiguilleur attentif, un inventeur qui se fait emporter par l’univers qu’il a créé. Dans le documentaire L’écho du circuit réalisé par Luka Merlet, on suit la compagnie en résidence de création, c’est passionnant. Cela montre de l’intérieur l’ampleur du projet… Nous créons beaucoup pour les enfants, et l’idée de ce film – L’écho du circuit – c’était pour partager avec les adultes tout ce travail de recherche formelle, la fabrication. Rien n’est simple dans ce projet. D’ailleurs si on savait à quel point, on n’irait pas ! Je trouvais dommage de ne pas partager ces étapes. Là, on donne à voir le processus de A à Z, les pendants les plus sombres, les avancées, la multitude de problèmes à résoudre, l’équipe au travail. Finalement, ça raconte un truc assez beau, de gens qui prennent soin. Ou comment ce long et gros projet aboutit à un solo de 40 minutes ! Dans le film, vous confiez : Au début, la technique prend le pas sur tout. Puis ensuite, on assiste à la création du récit. J’aime qu’on voit ce cheminement. Montrer la création à l’œuvre, les gestes de l’équipe, ça soude, ça revisse, Daniel dit Dada, le constructeur qui fait prendre de la hauteur au chemin de fer. Et la fabrication de la dramaturgie : le début, trouvé un matin au plateau, mais je ne sais pas encore tout ce que ça raconte, et le soir j’écris une nouvelle qui va irriguer notre trame. Je laisse advenir, je travaille par expérimentation, par association libre, des surprises vont arriver. C’est dans cette attention particulière que s’élabore la poétique de la compagnie. Il y a une scène en particulier, celle entre le chef de gare et une barrière automatique, on partage complètement le travail de recherche. Ce moment soudain où la barrière clignote et se blottit sur l’épaule du personnage… Le personnage se fabrique lui-même dans sa relation aux objets, comme font les enfants à inventer au fil du jeu. Au bout d’un moment, l’équipe prête une autonomie aux objets. Quand Alizée, créatrice lumière et régisseuse des trains, dit : « Faut pas penser aux manettes, il faut que tu sois locomotive », elle devient marionnettiste. Dans le documentaire, c’est visible, tout le monde devient poreux, glisse vers l’écriture. On peut dire que dans mes spectacles les objets, le son et l’humain se partagent la responsabilité de l’histoire.